Série jeunes talents en solo

Joey Alexander

 

vendredi 29 juin 2018, 20h30

Auditorium

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© Katz

On se méfie que trop des jeunes artistes de génie propulsés trop rapidement sur le devant de la scène. Joey Alexander a su repousser ces préjugés : en 2015, à peine âgé de 12 ans, il sort son premier disque « My favorite things » et a su convaincre la critique et conquérir le public avec notamment son étonnante version de « Giant steps », thème de John Coltrane devenu un standard. Originaire de Bali et élevé par des parents passionnés de jazz, la famille décide d'emménager à New York en 2014. Joey avait déjà attiré l'attention de musiciens, de journalistes ou d'amateurs en postant des vidéos surprenantes sur YouTube, et dès son arrivée à la Grosse Pomme, le trompettiste Wynton Marsalis souhaite le rencontrer, et l'invite à jouer dans son Jazz at Lincoln Center. Afin de le présenter à la France en direct, Marsalis vient avec lui en 2015 au festival de Jazz in Marciac. Au programme de son concert à la Fondation Louis Vuitton : des œuvres de Thelonious Monk, mais aussi des compositions de Joey Alexander et des improvisations.

 

Anne Legrand

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Joey Alexander

Piano

 

Né le 25 juin 2003 sur l’île de Bali, le pianiste Joey Alexander découvre le jazz grâce à son père, qui lui fait écouter une grande variété de genres musicaux, du jazz au gospel, de la musique classique au rock, en passant par la pop. Pour nourrir le don de son fils pour le swing et l’improvisation, son père l’accompagne à des sessions de jam avec des musiciens professionnels à Bali, Jakarta et Odessa, en Ukraine. Son talent musical et sa maîtrise des fondamentaux du jazz se développent à une vitesse telle qu’à 8 ans, il est invité par l’UNESCO à jouer du piano en solo, lors de la visite en Indonésie du grand pianiste Herbie Hancock, qui sera bluffé par sa performance.

 

À 10 ans, il joue dans des festivals de jazz à Jakarta et à Copenhague. Invité par Wynton Marsalis, il fait ses débuts aux États-Unis au Jazz at Lincoln Center’s Rose Hall, où il envoûte le public avec son sens de la musicalité. Il se produit ensuite à l’Apollo devant la Jazz Foundation of America et au Gotham Hall pour le Centre de Formation Arthur Ashe. Prenant la mesure de son talent, et décidée à le soutenir, sa famille décide alors de s’installer aux États-Unis.

 

En 2015, l’impresario George Wein l’invite à se produire sur deux scènes du prestigieux Newport Jazz Festival. Joey en profite pour ravir le cœur des spectateurs avec sa musicalité malicieuse et son sens du swing. En 2016, il joue deux morceaux sur la scène des GRAMMY Awards, dont une interprétation solo de son titre original City Lights en live. Il collabore avec Esperanza Spaulding et Wayne Shorter à la Maison Blanche à l’occasion de la Journée internationale du Jazz, joue et enregistre My Favorite Things avec la chanteuse Kelsea Ballerini pour l’émission CMA Country Christmas, et est invité à se produire à de multiples reprises au Jazz at Lincoln Center, à New York.

 

Ces quatre dernières années, Joey a exercé son talent à sa juste mesure : il a découvert la responsabilité d’être le leader d’un groupe, a appris à conserver toute la fraîcheur de son interprétation, malgré la multitude de concerts. Il a également trouvé des musiciens additionnels qui sont devenus des collaborateurs. Au cours de cette période, le Joey Alexander Trio a joué dans de prestigieuses salles et de grands festivals aux États-Unis et dans le monde entier.

 

À 14 ans, Joey a déjà enregistré deux albums studio nommés aux GRAMMY AWARDS, My Favorite Things (2015) et Countdown (2016), ainsi que Joey.Monk.Live!, un album surprise, encensé par la critique, sorti fin 2017 pour célébrer les 100 ans de Thelonious Monk.

 

Son troisième album studio, Eclipse, a été enregistré en trois jours, à partir du jour de l’éclipse solaire de 2017, avec une fabuleuse section rythmique composée du bassiste Reuben Rogers et du batteur Eric Harland, et comme invité sur trois morceaux, du saxophoniste Joshua Redman. L’album comprend des classiques du jazz de John Coltrane et Bill Evans, le hit des Beatles « Blackbird », et un gospel revisitant l’hymne de 1875 « Draw Me Nearer ». Mais surtout, Eclipse révèle les talents de compositeur de Joey Alexander, qui signe 6 des 11 morceaux.

 

En tant que pianiste, Joey Alexander n’est jamais emphatique, ni grandiloquent. Il aborde son instrument avec discipline, comme sur le morceau d’ouverture, « Bali », avec un jeu tantôt subtil et délicat, tantôt malicieux et sautillant, tout en contretemps. Il possède aussi un sens inné de la mélodie, comme on l’entend sur le dernier titre, la composition originale « Peace », qui dévoile patience et instinct, pour une mélodie d’une grande justesse. « J’ai développé ma qualité d’écoute », a déclaré Joey Alexander.

 

Sur le morceau original « Faithful », qui parle des sacrifices et des défis auxquels le musicien et sa famille ont dû faire face, Joey Alexander est rejoint par l’immense saxophoniste Joshua Redman, tandis que « Fourteen », écrit le jour de son anniversaire, est une allusion à la signification biblique de ce nombre. Joey Alexander et Joshua Redman revisitent aussi, dans un duo pensif, l’intemporelle ballade « The Very Thought of You », composée par Ray Nobel en 1934.

 

Comme sur ses précédents albums, Alexander rend hommage à Coltrane avec une reprise entraînante du complexe « Moment’s Notice », de l’album culte Blue Train (1957). «  J’aime beaucoup jouer Coltrane, je le trouve très spirituel. Pour moi, c’est ça, le jazz. Ses morceaux mettent du baume au cœur, et j’essaie d’y apporter ma touche personnelle ».

 

Le chef-d’œuvre de l’album, un morceau de 10 minutes intitulé « Eclipse », oscille entre réflexion et tension, avec un piano inspiré. Le 21 août 2017, juste après avoir fait une pause pour regarder l’éclipse solaire, le trio retourne en studio et le producteur Jason Olaine leur propose de faire une improvisation pour voir où la musique les mène. Il en résultera cet incroyable tour de force qu’est le titre « Eclipse ».

 

« Nous n’avions rien préparé, a expliqué Joey Alexander. Après avoir admiré l’éclipse, nous sommes retournés dans le studio et nous avons commencé à jouer sans parler. Je remercie Dieu d’avoir eu le courage de le faire. Mais c’est aussi une preuve de notre immense confiance mutuelle. Je savais que les musiciens me suivraient alors même que je ne savais pas où j’allais. L’essentiel, c’est d’explorer la nouveauté. »

 

« C’était une expérience incroyable, pour un si jeune artiste, d’accueillir l’inconnu, comme Joey l’a fait », a souligné Jason Olaine.

 

Avec Eclipse, Joey Alexander a affirmé de façon puissante et personnelle sa vision musicale et artistique. Son travail est toujours inspiré de son histoire, de sa foi, des membres de son groupe, des gens qu’il rencontre et des endroits qu’il visite, tout en faisant avancer l’histoire de la musique, ne cessant jamais d’explorer, aussi bien sur scène qu’en studio.

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© Katz

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Si le mot “génie” signifie encore quelque chose, alors il s’applique parfaitement à ce jeune prodige

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Techniquement fluide et harmoniquement astucieux

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Magnifique pas seulement pour la virtuosité de cet enfant, de nombreux prodiges ont cette aptitude, mais pour la maturité et la sensibilité qu’il y met