Clemens von Wedemeyer
Clemens von Wedemeyer a étudié à l'Académie d'art visuel de Leipzig au tournant des années 2000, un lieu considéré comme un des foyers de la nouvelle peinture allemande. Pourtant, c'est par le biais de la vidéo et du cinéma que l'artiste a développé ces dix dernières années une œuvre dont les thèmes principaux, l'urbanisme, l'architecture ou l'histoire, sont articulés avec une réflexion permanente sur le médium cinématographique et ses prolongements contemporains. L'intérêt pour ces domaines, tout comme l'attention de Clemens von Wedemeyer à une critique du spectacle place son œuvre sous l'influence directe du cinéma et des écrits de Guy Debord. Mais elle se place également dans une généalogie large qui intègre les expérimentation documentaires d'Harun Farocki ou encore le cinéma italien des années 1960 et 1970 (Pasolini, Antonioni).
Réalisé en 2002, Occupation, un de ses premiers films, se réfère lui à l'avant-garde cinématographique des années 1920 (Eisenstein) et à sa façon particulière d'aborder la masse et la foule. Tourné de nuit, le film montrait la canalisation de deux cents figurants dans un cadre spatio-temporel, celui de l'image cinématographique. Mise en abyme des rôles conférés à l'acteur et au spectateur par le cinéma, le court-métrage inclut selon un procédé cher à l'artiste sa propre critique. À plusieurs reprises – pour Occupation, mais aussi pour Big Business (2002) ou Otjesd (Leaving), (2005) –, c'est sous la forme d'un "making of" présenté de manière annexe ou simultané au film principal que l'artiste dévoile "l'envers du décor". Ce "bonus" ou "annexe" est amené pour décentrer le regard du spectateur. Il permet à von Wedemeyer de partager sa fascination pour l'image avec le spectateur, tout en lui donnant des éléments de distance. "J'essaie toujours de jeter un regard sur la réalité. Néanmoins, plus on essaie de s'approcher de la réalité au moyen d'un film et plus on remarque que l'on ne fait que s'en éloigner. Mais j'essaie quand même à chaque fois", expliquait l'artiste dans un entretien en 2003.
Peut-être à l'inverse du "cinéma d'exposition" pratiqué dans les années 1990 par Douglas Gordon ou Pierre Huyghe, l'œuvre de von Wedemeyer n'aborde pas tant le cinéma comme un territoire à habiter ou à arpenter (au même titre qu'un fiction). Il l'utilise comme un outil de diffraction du réel. Ainsi, s'il cite Metropolis de Fritz Lang, c'est pour tenter d'approcher la complexité de l'urbanisme chinois et la fascination de l'occident pour celui-ci (Metropolis report from China réalisé en 2006 avec Maya Schweizer). S'il aborde la fiction, le spectacle, c'est pour renouer avec l'utopie documentaire de la transcription du réel. Présentée en 2009 pour la "Curve" du Barbican Centre, l'installation The fourth wall trouve son titre dans cette barrière invisible qui, au théâtre, coupe les acteurs des spectateurs. Elle se développe à travers 8 projections toutes relatives aux représentations des "premières rencontres" entre la civilisation et les "sauvages", dont l'épisode fameux des Tasaday, tribu sauvage des Philippines, dont la découverte en 1971 par un ethnologue était un faux.
C'est sous la forme d'un écran de cinéma en plein air, revêtu en son dos d'un large miroir que Clemens von Wedemeyer a formulé récemment son rapport avec le spectacle cinématographique. Il est un miroir du réel mais aussi un écran supplémentaire face à lui. Construit à Mardin en Turquie, le Sun cinema est une épure du dispositif cinématographique. Recevant les rayons du soleil, il n'est que temps et lumière. Mais la nuit venue, son revers peut servir d'"écran traditionnel."