Big Business/ Making of Big Business

  • 2002
  • Clemens von Wedemeyer
  • Vidéo, couleur, sonore (langue allemand ou anglais, script en français doit être disponible sur papier)
  • 25'
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Réalisé en 2001, Big Business est un remake du film éponyme signé par James W. Horne en 1929 (Œil pour œil en français). Dans ce court-métrage, Laurel et Hardy vendent des sapins en plein été. Démarché, un homme refuse l'achat de l'arbre, s'en suit une série d'agressions pendant laquelle la maison du client est détruite et la voiture des colporteurs désossée. Le scénario est repris à l'identique par l'artiste mais quelques distorsions (profondeur de champs réduite, physique et tatouage des acteurs, taille ridicule et aspect caricatural de la maison, audience autour de la scène...) troublent le déroulé comique et burlesque de l'action.

Présenté simultanément et d'une longueur équivalente le Making of Big Business est partie intégrante de l'œuvre, dont il est une annexe capitale. Un peu à la manière de la maison "retournée" par les deux hommes, le film y est lui aussi démonté. L'on y apprend que le court-métrage a été tourné dans une prison, un centre de détention dans lequel les détenus travaillent à des tâches de construction et de démolition visant à tester la qualité des matériaux utilisés dans les cellules. La taille réduite de la maison reflète d'ailleurs les 8 m2 standards d'une cellule. Critique de l'univers carcéral et de son architecture, ce "documentaire" enregistre également la distance entre le réalisateur et son œuvre. Il y note que, davantage que tout autre film, un "film sur la prison ne peut-être que faux". C'est en effet un endroit où on ne filme pas sans déroger aux règles et bousculer l'expérience quotidienne, que Clemens von Wedemeyer a choisi de réaliser son film. Invisible dans Big Business, mais rendue dans le "making of", la lecture par les prisonniers d'extraits du scénario d'Accatone de Pasolini établit, elle, un lien entre cinéma et criminalité. 

Crédit artiste : © Adagp, Paris, 2020

Clemens von Wedemeyer

Clemens von Wedemeyer a étudié à l'Académie d'art visuel de Leipzig au tournant des années 2000, un lieu considéré comme un des foyers de la nouvelle peinture allemande. Pourtant, c'est par le biais de la vidéo et du cinéma que l'artiste a développé ces dix dernières années une œuvre dont les thèmes principaux, l'urbanisme, l'architecture ou l'histoire, sont articulés avec une réflexion permanente sur le médium cinématographique et ses prolongements contemporains. L'intérêt pour ces domaines, tout comme l'attention de Clemens von Wedemeyer à une critique du spectacle place son œuvre sous l'influence directe du cinéma et des écrits de Guy Debord. Mais elle se place également dans une généalogie large qui intègre les expérimentation documentaires d'Harun Farocki ou encore le cinéma italien des années 1960 et 1970 (Pasolini, Antonioni).

Réalisé en 2002, Occupation, un de ses premiers films, se réfère lui à l'avant-garde cinématographique des années 1920 (Eisenstein) et à sa façon particulière d'aborder la masse et la foule. Tourné de nuit, le film montrait la canalisation de deux cents figurants dans un cadre spatio-temporel, celui de l'image cinématographique. Mise en abyme des rôles conférés à l'acteur et au spectateur par le cinéma, le court-métrage inclut selon un procédé cher à l'artiste sa propre critique. À plusieurs reprises – pour Occupation, mais aussi pour Big Business (2002) ou Otjesd (Leaving), (2005) –, c'est sous la forme d'un "making of" présenté de manière annexe ou simultané au film principal que l'artiste dévoile "l'envers du décor". Ce "bonus" ou "annexe" est amené pour décentrer le regard du spectateur. Il permet à von Wedemeyer de partager sa fascination pour l'image avec le spectateur, tout en lui donnant des éléments de distance. "J'essaie toujours de jeter un regard sur la réalité. Néanmoins, plus on essaie de s'approcher de la réalité au moyen d'un film et plus on remarque que l'on ne fait que s'en éloigner. Mais j'essaie quand même à chaque fois", expliquait l'artiste dans un entretien en 2003. 

Peut-être à l'inverse du "cinéma d'exposition" pratiqué dans les années 1990 par Douglas Gordon ou Pierre Huyghe, l'œuvre de von Wedemeyer n'aborde pas tant le cinéma comme un territoire à habiter ou à arpenter (au même titre qu'un fiction). Il l'utilise comme un outil de diffraction du réel. Ainsi, s'il cite Metropolis de Fritz Lang, c'est pour tenter d'approcher la complexité de l'urbanisme chinois et la fascination de l'occident pour celui-ci (Metropolis report from China réalisé en 2006 avec Maya Schweizer). S'il aborde la fiction, le spectacle, c'est pour renouer avec l'utopie documentaire de la transcription du réel. Présentée en 2009 pour la "Curve" du Barbican Centre, l'installation The fourth wall trouve son titre dans cette barrière invisible qui, au théâtre, coupe les acteurs des spectateurs. Elle se développe à travers 8 projections toutes relatives aux représentations des "premières rencontres" entre la civilisation et les "sauvages", dont l'épisode fameux des Tasaday, tribu sauvage des Philippines, dont la découverte en 1971 par un ethnologue était un faux. 

C'est sous la forme d'un écran de cinéma en plein air, revêtu en son dos d'un large miroir que Clemens von Wedemeyer a formulé récemment son rapport avec le spectacle cinématographique. Il est un miroir du réel mais aussi un écran supplémentaire face à lui. Construit à Mardin en Turquie, le Sun cinema est une épure du dispositif cinématographique. Recevant les rayons du soleil, il n'est que temps et lumière. Mais la nuit venue, son revers peut servir d'"écran traditionnel." 

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