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Great American Nude N°48

  • 1963
  • Tom Wesselmann
  • Huile et collage sur toile, acrylique et collage sur bois, radiateur vernis et assemblage (incluant une fenêtre illuminée)
  • 214,0 x 271,0 x 90,0 cm
illustration

Après des études de psychologie à l’université de Cincinnati, interrompues par un service militaire de deux ans, Tom Wesselmann s’inscrivit à l’Art Academy de la même ville en 1956, puis à la Cooper Union à New York. Comme tant d’autres artistes de sa génération, il portait un regard à la fois admiratif et critique sur l’Expressionnisme Abstrait alors triomphant, puis se tourna vers des modes de représentations classique du nu, de la nature morte et du paysage. L’influence d’Henri matisse est sensible et parfois explicite dans ses tentatives de la fin des années cinquante. En adoptant la technique du collage, Wesselmann s‘inscrivait de fait dans les problématiques du Pop art. Au tout début des années soixante, il compte, avec un compatriote de Cincinnati, Jim Dine, parmi les fondateurs à New York de la Judson Gallery où il expose en compagnie Marc Ratliff. Mais c’est à partir de 1961 que sa carrière sera véritablement lancée avec les premiers tableaux d’une longue série, Great American Nude, où il privilégie délibérément le rouge, le blanc et le bleu – couleurs fondatrices auxquelles il ajoutera parfois l’or ou le kaki des uniformes de l’armée américaine. De façon encore plus explicite, il incorporera une imagerie patriotique dans ses compositions, que ce soit les éléments du drapeau ou les effigies de héros de la nation. Dans Great American Nude #4 ou dans le tondo Great American Nude #8, tous les deux de 1961, les persistantes citations de Matisse sont ainsi juxtaposées à un portrait de George Washington, à la bannière étoilée, au sceau de la République. Stimulé par les expérimentations de ceux qui formeront la nouvelle avant-garde, il puise lui aussi dans les médias et retravaille les éléments d’une iconographie populaire. Proche de l’influent critique Henry Geldzahler, il sera dès 1962 enrôlé dans la mouvance Pop que Leo Castelli va contribuer à faire connaître, même s’il prit soin de s’en distinguer, récusant formellement la pertinence même du terme.

La nouvelle série qu’il initie en 1962, les Still Life, renouvelle son approche de la culture contemporaine et se caractérise par l’incorporation d’objets de la vie quotidienne. Il n’est certes pas le premier à étendre le principe du collage à la troisième dimension, mais il le fait avec économie, précision et détachement, de telle sorte que les objets les plus triviaux de l’univers domestique prennent une valeur propre. Rien d’étonnant, alors, qu’il choisisse de préférence des objets en plastique dont les caractéristiques satisfont à sa vision ironique de la société de consommation. En incluant un poste de télévision en marche, son compris, dans Still Life #28, 1963, il poursuivait sa recherche des contrastes entre différents types d’images. Les Bedrooms Paintings, les Landscapes et les Seascapes prorogent à un autre niveau le paradoxe de son art, comme s’il s’agissait pour lui de moderniser et d’américaniser des thèmes dont la dimension classique continue pourtant d’être affirmée. À partir des années quatre-vingt, toujours inspiré par Matisse, Wesselmann a schématisé son dessin jusqu’à découper l’aluminium en des formes serpentines.

Comme la plupart des œuvres de la série, Great American Nude N°48, 1963, peut être vu comme un hommage à Matisse. Ici Wesselmann a inclu la reproduction d’une nature morte du maître français, tandis que la figure féminine allongée sur un sofa s’offre également comme une réminiscence matisienne. Sur la partie gauche, extension vers le réel unifiée par des résonnances chromatiques, sont incorporés un radiateur, une table de nuit surmontée d’un bouquet de fleurs en plastique, et une fenêtre illuminée ouvrant sur l’espace fictif du dehors. C’est l’une des œuvres de Wesselmann dont le caractère théâtral est le plus affirmé entre autres par ses grandes dimensions et le prolongement au sol de l’espace pictural.

Crédit artiste : © Adagp, Paris, 2024 Crédit photographique : © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

Tom Wesselmann

Après des études de psychologie à l’université de Cincinnati, interrompues par un service militaire de deux ans, Tom Wesselmann s’inscrivit à l’Art Academy de la même ville en 1956, puis à la Cooper Union à New York. Comme tant d’autres artistes de sa génération, il portait un regard à la fois admiratif et critique sur l’Expressionnisme Abstrait alors triomphant, puis se tourna vers des modes de représentations classique du nu, de la nature morte et du paysage. L’influence d’Henri matisse est sensible et parfois explicite dans ses tentatives de la fin des années cinquante. En adoptant la technique du collage, Wesselmann s‘inscrivait de fait dans les problématiques du Pop art. 

Au tout début des années soixante, il compte, avec un compatriote de Cincinnati, Jim Dine, parmi les fondateurs à New York de la Judson Gallery où il expose en compagnie Marc Ratliff. Mais c’est à partir de 1961 que sa carrière sera véritablement lancée avec les premiers tableaux d’une longue série, Great American Nude, où il privilégie délibérément le rouge, le blanc et le bleu – couleurs fondatrices auxquelles il ajoutera parfois l’or ou le kaki des uniformes de l’armée américaine. De façon encore plus explicite, il incorporera une imagerie patriotique dans ses compositions, que ce soit les éléments du drapeau ou les effigies de héros de la nation. Dans Great American Nude #4 ou dans le tondo Great American Nude #8, tous les deux de 1961, les persistantes citations de Matisse sont ainsi juxtaposées à un portrait de George Washington, à la bannière étoilée, au sceau de la République. Stimulé par les expérimentations de ceux qui formeront la nouvelle avant-garde, il puise lui aussi dans les médias et retravaille les éléments d’une iconographie populaire. Proche de l’influent critique Henry Geldzahler, il sera dès 1962 enrôlé dans la mouvance Pop que Leo Castelli va contribuer à faire connaître, même s’il prit soin de s’en distinguer, récusant formellement la pertinence même du terme.

La nouvelle série qu’il initie en 1962, les Still Life, renouvelle son approche de la culture contemporaine et se caractérise par l’incorporation d’objets de la vie quotidienne. Il n’est certes pas le premier à étendre le principe du collage à la troisième dimension, mais il le fait avec économie, précision et détachement, de telle sorte que les objets les plus triviaux de l’univers domestique prennent une valeur propre. Rien d’étonnant, alors, qu’il choisisse de préférence des objets en plastique dont les caractéristiques satisfont à sa vision ironique de la société de consommation. En incluant un poste de télévision en marche, son compris, dans Still Life #28, 1963, il poursuivait sa recherche des contrastes entre différents types d’images. Les Bedrooms Paintings, les Landscapes et les Seascapes prorogent à un autre niveau le paradoxe de son art, comme s’il s’agissait pour lui de moderniser et d’américaniser des thèmes dont la dimension classique continue pourtant d’être affirmée. À partir des années quatre-vingt, toujours inspiré par Matisse, Wesselmann a schématisé son dessin jusqu’à découper l’aluminium en des formes serpentines.

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