Laurent Grasso
Par le biais de différents médiums incluant vidéo, photographie, peinture, néon ou installation sonore, Laurent Grasso produit un corpus d’œuvres qui trouve son articulation à travers la mise en scène de ses expositions. Déambulations labyrinthiques, dispositifs architecturaux et effets électriques ou acoustiques entrainent une perte de repères, un déséquilibre et un trouble chez le spectateur recherché par l’artiste dont l’œuvre entretient depuis ses débuts un caractère mystérieux.
Avec Mes actrices (1999), il filme à leur insu des jeunes femmes dans la rue ou dans le métro usant des clichés cinématographiques ou publicitaires afin de faire de ces héroïnes anonymes de potentiels personnages de fiction tandis que pour Soyez les bienvenus (1999) une caméra tourne au ralenti autour d’une foule en cercle en train d’observer une action jamais dévoilée.
Laurent Grasso construit ses images à partir d’un manque, partant de situations réelles, il les détourne pour s’éloigner de toute dimension documentaire. L’histoire de la science mais aussi des scientifiques (Nikola Tesla, Alexander Graham Bell, Jeremy Bentham) fournissent à l’artiste un répertoire privilégié de formes, de motifs et de thèmes au même titre que la fiction littéraire et cinématographique, l’astronomie, la mythologie et les peurs ancestrales.
HAARP est un champ d’antenne inspiré de la base militaire éponyme situé à Gakona en Alaska. Installation spectaculaire, ce dispositif construit comme une forêt de fils et d’antennes, prend l’apparence d’une centrale électrique, véritable objet de science-fiction. Horn Perspective est une réplique réduite de l'antenne Horn, qui capta pour la première fois le bruit fossile du big bang, dans les années soixante et dont la forme évoque une caméra obscura ou une chambre de projection. Médium privilégié, les films de Laurent Grasso sont comme de longs travellings hypnotisant sur des paysages urbains (Radio Ghost), désertique (On Air) ou maritime (The Silent Movie).
Laurent Grasso pratique également la peinture. Manipulant les temporalités entre passé, présent et futur, l’artiste introduit des éléments anachroniques – citant parfois ses propres œuvres vidéos - dans une série de peintures au style et à la facture inspirée par les maîtres flamands et italiens de la Renaissance. Subtile et déroutante, Studies into the Past participe à l’ambition de Laurent Grasso de créer une « fausse mémoire historique ».