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Self-Portraits

  • 1977
  • Andy Warhol
  • 12 Polacolor
  • 10,2 x 7,6 cm
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Les nombreux portraits Polaroïd de Warhol témoignent de l’évolution de son personnage public. Changeant de style comme les modes se succèdent, il passe d’un vestiaire underground des années 1960 à un style bon chic bon genre [preppy] mimant l’embourgeoisement de sa clientèle et de ses activités dans les années 1970, pour en venir enfin aux accoutrements sombres et sobres de la dernière décennie de sa vie, alors même qu’il porte un regard rétrospectif sur son œuvre et s’entoure de jeunes artistes émergeants dont Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Cet ensemble de clichés témoigne de la capacité de Warhol à adapter son image à son temps et à ses interlocuteurs. Conscient de l’attrait de son époque pour l’individu vedettarisé et son image, il sait l’efficacité commerciale de la renommée. Dans cette logique, il se construit un personnage public ambigu, qui donne à voir autant qu’il dissimule. Caché sous une perruque dès le début des années 1950, il répond de manière lacunaire aux interviews pourtant nombreuses qu’il accorde au cours de sa vie, s’affiche fréquemment en public et laisse images et potins le concernant circuler, et il n’y a pas de mauvaise publicité. En outre, il nourrit l’obsession de son époque pour l’image en en générant massivement.

Ce jeu de travestissement est flagrant dans la série de Polaroïd réalisée en collaboration avec le photographe Christopher Makos en 1980-1982, dans laquelle Warhol se cache sous autant d’apparences féminines qu’il y a de clichés. Les perruques et le maquillage dont l’accoutrent les assistants visibles dans le tirage gélatino-argentique exposé ici donnent lieu à de nouveaux avatars. En 1966, Warhol disait à Gretchen Berg dans un entretien destiné à The East Village Other, « Je ne prends jamais le temps de réfléchir au vrai Andy Warhol, on est trop occupés ici ».

Sur les portraits Polaroïd de 1986, il apparaît stoïque, dissimulé derrière ses lunettes noires, sous sa célèbre « fright wig ». Ces clichés donneront lieu à la dernière série d’autoportraits sérigraphiés de l’artiste, un an avant sa disparition. Alors fragilisé, Warhol souffre mais n’en dit rien. Sa peur phobique des hôpitaux le pousse à ignorer les conseils de son médecin qui l’enjoint à subir l’opération bégnine de la vésicule biliaire. Le 21 février 1987, il accepte enfin l’opération et entre au New York Hospital. L’opération réussit mais Warhol décède dans le jour qui suit. Les lourdes séquelles laissées par la tentative d’assassinat au pistolet par l’autrice-activiste Valérie Solanas en 1968 et les amphétamines et amincisseurs qu’il avait consommés au long de sa vie avaient contribué à le fragiliser. Finalement peu à l’aise devant la caméra, celui qui aura consciencieusement contrôlé son image tout au long de sa carrière aura aussi paradoxalement toujours préféré retourner le projecteur en direction des autres, observant attentivement le théâtre de son temps.

Crédit artiste : © 2025 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris

Andy Warhol

Acteur incontournable du Pop Art, Andy Warhol a créé un personnage qui, investissant le cinéma, les écrans de télévision, la culture gay et underground, propulsa la figure de l’artiste au rang d’icône sociale.

D’abord dessinateur de mode, il se consacre à la peinture dès la fin des années 1950, puisant ses modèles dans la presse, la bande dessinée et la publicité. Dès 1962, il adopte le procédé sérigraphique avec la série des Campbell’s Soup et ses portraits de stars (Marylin Monroe, Elvis Presley, Elisabeth Taylor), démultipliant sans fin les mêmes images. Celles-ci reflètent l’imaginaire collectif de la société de consommation, tandis que d’autres séries – les criminels, les accidents, les chaises électriques et même Jackie Kennedy en deuil – dévoilent une Amérique au bonheur traversé par la violence, le sexe et la mort. En 1964, Andy Warhol ouvre la Factory, atelier de production de ses peintures et de ses films, lieu de création mythique où se croisent artistes, poètes, acteurs, égéries, musiciens et collectionneurs. Dès 1963, apparaissent les premiers autoportraits et les Screen Tests, portraits filmés en plan fixe de 3 minutes. Puis viennent, dans les années 1970 et surtout 1980, les portraits de commande de célébrités. Réalisés en direct dans des photomatons ou à l’aide du Polaroid Big Shot, ces portraits au cadrage serré, au regard fixe, fragiles et « pétrifiés », cernent un monde simultanément contemporain et intemporel.

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