ALBERT OEHLEN - MALEREI
- Date
- Du 24.05.2024 au 27.10.2024
- Lieu
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Espace Louis Vuitton Beijing
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China World Mall South Zone W. Bldg. 1 Jianguomenwai Ave.
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Beijing
- Tél.
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T. +86 216 1332 856
- Horaires
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Ouvert tous les jours de 11h à 19h
L’Espace Louis Vuitton Beijing est fier de présenter Malerei, une exposition exclusive consacrée à l’artiste allemand Albert Oehlen.
Admirateur du style et de l’ironie historique de Jörg Immendorff, puis influencé par les enseignements de Sigmar Polke, Albert Oehlen a été pris dans l’élan du néo-expressionnisme allemand et du mouvement Bad Painting au début des années 1980, un courant qui résonnait avec le renouveau de la peinture figurative alors en cours en Europe et aux États-Unis. Il s’est impliqué dans la scène artistique de Cologne au sein d’un groupe informel qui incluait notamment son frère Markus Oehlen, Georg Herold et Werner Büttner. Albert Oehlen a noué des liens étroits avec Martin Kippenberger en développant une pensée critique et un amour sincère de la peinture. Il s’est ensuite imposé des règles, en utilisant par exemple une palette uniquement composée de gris et de marron jusqu’en 1987. Il lui arrivait parfois de ne pas respecter ces contraintes, notamment pour le portrait d’Hitler réalisé avec trois couleurs primaires en 1986.
Espace Louis Vuitton Beijing
Sa première approche de l’abstraction a officiellement eu lieu en 1988, un choix personnel qui reflète aussi l’histoire de la peinture moderne. C’était un faux bouleversement stylistique pour Oehlen, car il avait déjà intitulé certaines de ses œuvres figuratives « tableaux abstraits » pour s’offrir plus de marge de manœuvre. Cette liberté de travail éliminait toute contrainte et inscrivait ses œuvres dans un contexte visuel plus large : graphisme, publicité, musique, etc. La perspective a progressivement disparu de la peinture d’Oehlen, qui créait de la profondeur en utilisant des couleurs vives de manière bien visible et en superposant des couches d’opacité variée, de la transparence à l’effacement.
RASIEREN 2005
Courtesy of the artist and Fondation Louis Vuitton © Adagp, Paris 2024 Photo credits: © Sun Shi/ Louis Vuitton
UNTILTED 2017
Courtesy of the artist and Fondation Louis Vuitton © Adagp, Paris 2024 Photo credits: © Sun Shi/ Louis Vuitton
En 1992, il a cristallisé l’idée de la peinture en tant qu’« écran » dans la série Computer Paintings : en utilisant son ordinateur portable Texas Instrument pour peindre, Oehlen a renoué avec le thème moderniste de l’union des forces avec la technologie tout en étant conscient de l’obsolescence instantanée du prétendu progrès. Il sérigraphiait des diagrammes réticulaires en noir et blanc sur une toile qu’il retravaillait ensuite à la main en utilisant des techniques, des lignes et des images interpénétrées de façon à la fois organique et vitaliste, mais composées en conscience. Ses « tableaux gris » (Grau) de la fin des années 1990, dont la monotonie intègre des fragments figuratifs, coexistaient toutefois avec la production de ses œuvres les plus colorées et les plus abstraites.
ROCK 《石头》2009年
© Adagp, Paris 2024 Photo credits: © Primae / David Bordes
« J’avais envie d’émotions ! », a déclaré l’artiste. « À certains moments, il m’a fallu admettre que mon approche de l’art était un peu sobre. En même temps, j’avais toujours voulu faire du Pop Art, de grandes choses colorées à l’attrait immédiat. » À travers son approche polymorphe, Oehlen rejette systématiquement la dichotomie entre abstraction et figuration en présentant un expressionisme primitif dans un environnement saturé d’images. Bien que ses tableaux Fingermalerei (« Peinture au doigt ») de 2008 soient en partie générés par ordinateur, la série éponyme de 2014 est affranchie de tout visuel manufacturé. Si sa série Intérieurs de 2013 ne montre aucune trace manuelle dans des collages de publicités au graphisme brut, sa série Trees de 2016 a en revanche été créée avec la contrainte d’un élément figuratif reconnaissable : un tronc d’arbre… L’œuvre aux multiples facettes d’Albert Oehlen est impossible à résumer, si ce n’est avec les propres mots du peintre : « Voici les qualités que je veux voir réunies : délicatesse et rudesse, couleur et flou, et pour toutes les étayer, une note de fond d’hystérie. »
Albert Oehlen
Né en 1954 à Krefeld, Albert Oehlen s’installe à Berlin en 1977, alors foyer européen de la contre-culture - notamment punk - dont l’esthétique et l’énergie le marquent durablement. Il collabore avec son contemporain Werner Büttner (1954) et admire la manière et l’ironie historique de son ainé Jorg Immendorff (1945-2017). De 1978 à 1980, il suit l’enseignement iconoclaste de Sigmar Polke (1941-2010) à la Hochscule für Bildende Künste, Hambourg .
Au début des années 1980, Albert Oehlen est pris dans la dynamique des « néo-expressionnistes » allemands, ou de la bad painting, des mouvances au diapason avec le renouveau de la peinture figurative en cours, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Il se lie avec la scène de Cologne, un groupe informel qui réunit entre autres son frère, Markus, Georg Herold (1947-), Werner Büttner et Martin Kippenberger (1953-1997). En compagnie de ce dernier dont il est très proche, Oehlen développe une pensée critique et amoureuse de la peinture. Sincèrement attaché à ce médium, il en surjoue les mythes, les errances et les faiblesses. Il s’impose alors des règles, comme une palette réduite au gris et au marron qu’il utilisera jusqu’en 1987. Il réalisera toutefois quelques écarts choquants, dont le plus « remarqué » reste son portrait d’Hitler en trois couleurs primaires en 1986 -un échec de son propre aveu . En 1988, il aborde l’abstraction, cela dans une logique personnelle mais aussi inscrite dans le récit originel de la peinture moderne : « J’ai toujours voulu devenir un peintre abstrait, expliquera-t-il plus tard. Je voulais reproduire dans ma carrière le développement classique de l’histoire de l’art, de la peinture figurative à la peinture abstraite. Mais je n’étais pas prêt avant 1988 ».
Ce changement est un faux bouleversement dans l’œuvre de Oehlen - qui avait déjà nommé certaines de ses œuvres figuratives « peintures abstraites » - il signifie surtout une licence supplémentaire, une liberté dans une œuvre qui désormais s’attache à sortir de toutes contraintes pour placer la peinture dans un contexte visuel élargi : le graphisme, la publicité, la musique… La poursuite de la peinture, sa nécessité, est paradoxalement marquée par la fin du mythe moderniste de sa singularité, de sa « pureté ». Son incorporation dans d’autres sphères, culturelles ou marchandes, est actée et Oehlen s’en félicite. La figuration reviendra ensuite fréquemment chez lui que cela soit par la reprise de genres « classiques » (l’autoportrait), le recours au collage, à une iconographie hétérogène, et à des matériaux divers. A partir de 1989, marquante est la disparition de la perspective dans la peinture de Oehlen et l’emploi de couleurs intenses. La profondeur est désormais réglée par des couches, des strates à l’opacité variable, de la transparence à l’oblitération.
Ce sentiment d’une peinture comme « écran » trouve une résolution forte en 1992 avec la série des Computer Paintings, cycle très remarqué par la critique. En utilisant l’informatique pour peindre, Oehlen renoue avec la thématique moderniste de l’alliance avec la technologie, tout en prenant conscience dans le même mouvement du caractère immédiatement obsolète d’un supposé progrès - encore accentué lorsqu’il livrera une suite quelques années plus tard. Des schémas réticulaires noirs et blancs dessinés à partir d’une machine Texas Instrument sont reportés en sérigraphie sur une toile sur laquelle l’artiste intervient. « J’essaie de corriger l’image pixellisée et j’aboutis à une image peinte à la main. C’est une sorte d’inversion. Au lieu de regarder vers l’avenir, elle se retourne vers le passé. Et l’ordinateur ne m’aide pas. C’est moi qui aide l’ordinateur. », explique le peintre à ce sujet.
Rétrospectivement, les premières Computer Paintings de Oehlen s’assimile à l’ossature, au code, des œuvres à venir depuis le milieu des années 1990 : des travaux de plus en plus complexe où l’artiste emploie la sérigraphie, le spray, le collage, ce sont des « vides poches visuels » selon sa propre expression . L’artiste s’y adonne à un « remix » où gestes, traces et images s’interpénètrent dans une logique à la fois organique, vitaliste, mais sciemment composée - un des nombreux antagonismes chers à Oehlen. De même, créés à partir de la fin des années 1990, ses « grey paintings », dont la monotonie embarque des fragments figuratifs, cohabitent avec la production de ses œuvres les plus colorées et abstraites.
Le dialogue avec la machine s’opère à nouveau en 2008. Avec les « fingers malerei » l’artiste intervient directement, à la main, sur des compositions partiellement produites grâce à un ordinateur. Récusant la dichotomie entre abstraction et figuration, il s’emploie à mettre en scène un expressionisme primitif dans un environnement saturé d’images. En 2013, dans la série des Intérieurs, il retire toute trace manuelle pour livrer des tableaux collages de publicités allemandes et espagnoles au graphisme brut. « Je voulais des émotions. A un moment j’ai du admettre à moi-même que mon approche de l’art était un peu sobre |…] En même temps, j’ai toujours voulu faire du Pop Art, des grosses choses colorées avec un attrait immédiat » explique-t-il au sujet des images qu’il sélectionne. L’année suivante, il livre une nouvelle série de « fingers malerei », vierge cette fois de tout visuel manufacturé, mais bouillonnante.
Initiée en 2016, la série des Trees opère avec la contrainte d’un élément figuratif reconnaissable, un tronc d’arbre cette fois tracé sur un panneau de dibond, surface d’aluminium lisse, presque tranchante. L’apparence plus minimale, retenue de ces œuvres est un épisode de plus dans une œuvre impossible à résumer si ce n’est pas cette citation du peintre : “les qualités que je veux voir réunies ; la délicatesse et la grossièreté, la couleur et l’avidité et sous-jacent à tout cela, une base d’hystérie ».