Concert Ferhan et Ferzan Önder et Martin Grubinger

Musique 11 janvier 2019 – 20h30

Récital Ferhan Onder, Ferzhan Onder, Martin Grubinger trio, piano & percussions, le 11 janvier 2019, à la Fondation Louis Vuitton.

© Fondation Louis Vuitton / Gaël Cornier

Lieu
Auditorium

UN WEEK-END AVEC FAZIL SAY

Le pianiste et compositeur Fazil Say est mis à l’honneur en janvier à la Fondation Louis Vuitton.

Le 11 janvier, l’Auditorium accueille le duo de pianistes Ferhan et Ferzan Önder, accompagnées aux percussions par le Martin Grubinger’s trio, dans un programme dédié aux œuvres du compositeur avec en création mondiale une Sonate pour deux pianos, commande de la Fondation Louis Vuitton.

Le lendemain, 12 janvier, c’est en tant que pianiste que nous retrouvons Fazil Say pour un récital avec au programme des œuvres de Mozart, Chopin… et Say.

Les Univers de Fazil Say

Fils d’intellectuels turcs, Fazil Say grandit à Ankara. Parmi d’autres artistes, le compositeur incarne le renouveau culturel turc dans un contexte politique difficile.

Dans la nuit du 30 au 31 mai 2013, l’intervention de la police dans le parc Gezi d’Istanbul où se déroulait une série de manifestations pacifistes fit six morts et des milliers de blessés. Opposé à toute violence policière, défenseur d’une Turquie apaisée, Fazil Say dédia aux événements du parc Gezi une trilogie d’œuvres concertantes, chambristes et solistes, dont Gezi Park I, concerto pour deux pianos et orchestre, transcrit par Martin Grubinger sen. pour deux pianos et percussions. Dans la tradition des « Protest Music » du siècle passé, le musicien décrit en musique la montée progressive des tensions : évocation de la rue – rythmes inspirés par le jazz –, brutalité policière – violence des accords, déchainement de virtuosité.

Parallèlement, Fazil Say ne renie rien de son identité turque. Sa première symphonie (2009) s’intitule simplement Istanbul, et rend hommage à sa ville où il habite depuis longtemps. En 2012, il achève Winter Morning in Istanbul, pour piano à quatre mains, dont le lyrisme résolument postromantique dit son amour pour la cité millénaire.

C’est aux amis, enfin, que le pianiste et compositeur dédie ses Variations pour deux pianos et percussions (2013), évocation tendre de la journée du petit garçon de deux de ses proches : la pianiste Ferzan Önder et le percussionniste Martin Grubinger. Les rythmes des instruments traduisent d’abord son anticipation de la journée qui s’annonce, puis ses changements d’humeur au grand désespoir de ses parents, jusqu’à son coucher, rythmé par une berceuse.

Composées à l’intention des pianistes Ferhan & Ferzan Önder, les Variations pour deux pianos investissent une forme qui lui est chère : la réitération sans cesse remodelée de motifs, de thèmes et de lignes. Dans la lignée de Steve Reich, Fazil Say s’empare ainsi de « pattern » qui constituent la maille serrée de son tissu musical. Avec la Sonate pour 2 pianos, commande de la Fondation Louis-Vuitton en création mondiale, le compositeur revient à ses deux interprètes d’élection, Ferhan et Ferzan Önder, en célébrant leur complicité musicale autant que leur lien familial, en un émouvant hommage fraternel.

Les artistes

Fazil Say

Grâce à ses extraordinaires talents pianistiques, Fazil Say touche depuis vingt-cinq ans public et critique d’une manière devenue rare dans un monde de la musique classique de plus en plus structuré et organisé de part en part. Les concerts de cet artiste sont différents : plus directs, plus ouverts, plus excitants – en un mot : ils font mouche. C’est exactement ce qu’a pensé le compositeur Aribert Reimann lorsqu’il entendit un peu par hasard en 1986, à l’occasion d’une visite à Ankara, le jeune pianiste alors âgé de seize ans. Il demanda sur le champ à son accompagnateur, le pianiste américain David Levine, de se rendre au conservatoire de la capitale turque, accompagnant sa demande de ces mots devenus célèbres : « Il faut absolument que tu l’entendes, il joue comme un diable. »

Fazıl Say fut d’abord l’élève de Mithat Fenmen, qui avait lui-même étudié à Paris auprès d’Alfred Cortot. Pressentant peut-être toute l’ampleur du talent de son élève, Fenmen lui demanda d’improviser tous les jours sur des thèmes du quotidien avant de s’atteler aux indispensables exercices et études. C’est sans nul doute dans ce contact régulier avec des processus de création et des formes libres qu’il faut chercher l’origine de l’immense talent d’improvisateur et de la vision esthétique qui font de Fazil Say le pianiste et le compositeur qu’il est. En tant que compositeur, Fazıl Say a écrit entre autres pour répondre à des commandes du Festival de Salzbourg, du WDR, du Konzerthaus de Dortmund et des festivals de Schleswig-Holstein et de Mecklembourg-Poméranie. Son œuvre comprend des compositions pour piano seul, de la musique de chambre mais aussi des concertos ainsi que de grandes œuvres pour orchestre.


À partir de 1987, Fazıl Say a parfait sa formation de pianiste auprès de David Levine, d’abord au Conservatoire Robert Schumann de Düsseldorf puis à Berlin. Il a ensuite suivi régulièrement des cours d’interprétation avec Menahem Pressler. Sa technique exceptionnelle lui permit très vite de maîtriser avec une parfaite aisance toutes les grandes compositions du répertoire. Et c’est justement ce mélange de finesse (chez Haydn, Bach et Mozart) et de virtuosité (dans les œuvres de Liszt, Moussorgski ou Beethoven) qui lui valut en 1994 la victoire lors du concours international Young Concert Artists à New York. Fazıl Say se produisit ensuite avec tous les orchestres américains et européens les plus réputés, sous la direction de nombreux grands chefs, s’appropriant ainsi un vaste répertoire qui va de Bach à la musique contemporaine (y compris ses propres compositions), en passant par ces « classiques » que sont Haydn, Mozart et Beethoven, sans oublier les romantiques.

 

Fazıl Say s’est produit depuis dans d’innombrables pays, sur tous les continents ; « Le Figaro » le considère comme « un génie ». Mais il mène également une carrière de musicien de chambre : il a, pendant des années, formé un fantastique duo avec la violoniste Patricia Kopatchinskaja, et au nombre de ses autres partenaires célèbres, on compte notamment Maxim Vengerov, le Minetti Quartet, Nicolas Altstaedt et Marianne Crebassa.

 

De 2005 à 2010, Fazıl Say fut en résidence exclusive au Konzerthaus de Dortmund, tandis qu’une autre résidence l’a mené, en 2010-2011, au Konzerthaus de Berlin. Le Schleswig-Holstein Musik Festival 2011 lui a consacré une grande partie de son programme. D’autres résidences et festivals ont eu lieu à Paris, Tokyo, Merano, Hambourg et Istamboul. Durant la saison 2012-2013, il fut en résidence auprès du Hessischer Rundfunk à Francfort ainsi qu’au Rheingau Musik Festival, où il remporta le prix décerné par le festival. En 2013-2104, il a été « compositeur en résidence » au Konzerthaus de Vienne (avec cinq concerts) et « artiste en résidence » au Bodenseefestival avec 14 concerts. Pendant la saison 2015/16, l'Alte Oper de Francfort et l’Orchestre de Chambre de Zurich l'ont invité comme artiste en résidence, et il est pour trois saisons artiste en résidence au Festival des Nations à Bad Wörishofen.

 

En décembre 2006, Fazil Say a reçu à Bonn le Prix Beethoven pour les droits de l’homme, la paix, la liberté, la lutte contre la pauvreté et l’inclusion. En automne 2017, il recevra le Prix de la musique de la ville de Duisburg.

 

Ses enregistrements de Bach, Mozart, Beethoven, Gershwin et Stravinsky, parus chez Teldec Classics, ainsi que ses productions de Moussorgski, Beethoven et de ses propres œuvres chez naïve ont été encensés par la critique et lui ont valu de nombreux prix, parmi lesquels trois ECHO Klassik. L’année 2014 a vu paraître ses enregistrements d’œuvres de Beethoven – le Concerto pour piano n° 3 avec l’orchestre du Hessischer Rundfunk sous la direction de Gianandrea Noseda ainsi que les Sonates op. 111 et « Clair de Lune » – de même que le CD « Say plays Say » exclusivement consacré à ses propres œuvres. Depuis 2016 Fazıl Say enregistre exclusivement pour Warner Classics. Il y a publié en automne 2016 l’intégrale des sonates de Mozart, pour laquelle il a reçu son quatrième ECHO KLASSIK. En collaboration avec Nicolas Altstaedt, il a enregistré l’album « 4 Cities » (2017). En automne 2017, Warner Classics publie les Nocturnes de Frédéric Chopin et l’album « Secrets », une compilation de mélodies françaises interprétée avec Marianne Crebassa.

Ferhan et Ferzan Önder

Duo de pianistes

On dit que les jumeaux sont unis par des relations très particulières : Ferhan & Ferzan Önder en apportent la preuve sur scène. Ces deux personnalités artistiques autonomes créent par leur association une nouvelle identité musicale. Ce qui à première vue pourrait passer pour un cliché constitue chez ces deux sœurs le véritable moteur de leur activité artistique et le trait caractéristique de leur expressivité musicale, à laquelle leur complémentarité donne sa pleine mesure.

Ferhan & Ferzan Önder sont nées à Tokat en Turquie. À l’âge de sept ans, elles s’installent avec leurs parents à Ankara, où leur frère aîné étudie déjà au conservatoire. Elles n’ont certes commencé le piano qu’à l’âge de dix ans, mais quatre ans plus tard à peine, elles obtiennent le Prix Spécial du Jury lors du Concours international de piano Alessandro Casagrande à Terni en Italie – une distinction suivie de nombreuses autres.

 

Leur grand talent, doublé d’une discipline de fer et d’un soutien sans faille de la part de leur famille, porte rapidement ses fruits. Après qu’à l’issue d’un premier prix remporté lors d’un concours à Istanbul, Ferhan Önder eut l’occasion de se produire en concert à Vienne, les deux sœurs décidèrent en 1985 de s’installer en Autriche. À l’Académie de musique et des arts du spectacle de Vienne, elles suivirent l’enseignement de Noel Flores et de Paul Badura-Skoda. Peu avant la fin de leurs études, elles firent également la connaissance d’Alfons Kontarsky, qui devint leur ami et mentor.

 

Les deux sœurs considèrent leurs racines turques comme déterminantes dans leur jeu très rythmique ; les rythmes irréguliers de la musique traditionnelle leur sont en effet familiers depuis leur plus jeune âge. Qu’elles poursuivent la tradition des duos de pianistes turcs est pour elle en revanche plutôt un hasard. Parmi les pianistes qui les ont marquées, elles citent non seulement Vladimir Horowitz, Grigori Sokolov, Glenn Gould et Friedrich Gulda, mais aussi les sœurs Katia et Marielle Labèque.

 

De longues tournées les ont conduites jusqu’alors – entre autres – au Guggenheim Museum de New York, au Wigmore Hall de Londres, au Semperoper de Dresde, au Gewandhaus de Leipzig, au Concertgebouw d’Amsterdam, au Musikverein et à la Konzerthaus de Vienne ainsi qu’à Munich, Francfort, Stuttgart, Hambourg, Berlin, Zurich, Cologne, Barcelone, Istanbul, Rio de Janeiro, Tokyo, Taipeh, Montpellier et Salzbourg.

 

Elles ont été invitées à de nombreux festivals tels que le Rheingau Musikfestival, le Festival de Salzbourg, le festival Beethoven de Bonn, les Wiener Festwochen, le Festival du Château de Ludwigsburg, le Festival de Lucerne, celui d’Istanbul, les Sommets musicaux de Gstaad, le Festival de Mecklembourg-Poméranie antérieure et le Festival de musique de chambre de Kuhmo.

 

Ferhan & Ferzan Önder ont également joué avec des orchestres de renommée internationale comme la Staatskapelle de Dresde, l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg, la Camerata de Salzbourg et le Philharmonique de Stuttgart, et collaboré avec des chefs aussi prestigieux que John Axelrod, Hans Graf, Howard Griffiths, Max Pommer, Hubert Soudant, Stefan Vladar et Hugh Wolff. En 2003, elles se sont produites pour la première fois avec Sir Peter Ustinov  sur la scène du Voestival de Linz ; d’autres projets mêlant musique et littérature leur ont permis des rencontres et collaborations avec Cornelia Froboess, Armin Mueller-Stahl, Friedrich von Thun, Günther Jauch et Roger Willemsen. En 2016 les sœurs ont créés leur nouveau projet: « Anonymous Was a Woman », un programme musicale et littéraire sur les droits des femmes. Ferhan & Ferzan Önder ont commandés des œuvres à six compositrices, e.a. Rachel Grimes, Anna Drubich et Amritha Vaz spécialement pour ce projet.

 

Après plusieurs enregistrements pour de petits labels, les sœurs Önder connurent la consécration en 2001 avec leur CD « Vivaldi Reflections » paru chez EMI. Il fut suivi de « 1001 Nuits », comprenant des adaptations de Rimski-Korsakov, Borodine, Balakirev et Mozart. En 2011, Sony publia un enregistrement des Carmina Burana de Carl Orff dans une version pour chœur, solistes, percussions et deux pianos, réalisé lors du Festival de Schleswig-Holstein.

 

Durant les dernières saisons, les sœurs Önder se sont consacrées aux œuvres pour deux pianos et orchestre de Bach, Mozart et Poulenc, ainsi qu’à des créations de Fazil Say. Avec le multi-percussionniste autrichien Martin Grubinger, elles impressionnent un public international dans des œuvres de Bartók, Say, Reich et Tan Dun. Parmi leurs partenaires musicaux, on compte Benjamin Schmid, Cyprien Katsaris, Janis Vakarelis, Clemens Hagen et le Borusan Quartet.

 

Ferhan & Ferzan Önder vivent avec leurs familles à l’Autriche. Depuis 2003, elles sont ambassadrices de l’Unicef et s’engagent dans divers projets en faveur des enfants.

Martin Grubinger

Percussions

Surnommé par la critique « le grand magicien de la percussion », le multipercussionniste autrichien Martin Grubinger a réussi l’exploit extraordinaire d’installer la percussion au centre des salles de concert du monde. Invité régulier des plus grands orchestres et des festivals les plus célèbre du monde, Grubinger interprète un répertoire particulièrement vaste allant des œuvres solo et de musique de chambre, avec des partenaires tels que son Percussive Planet Ensemble et les pianistes Ferhan et Ferzan Önder, aux concertos pour percussion et orchestre.

Parmi les œuvres de plus en plus nombreuses spécialement composées pour Grubinger citons Frozen in Time d’Avner Dorman (2007) et le Concerto pour percussion et orchestre de Friedrich Cerha (2008), interprété et enregistré avec l’orchestre philharmonique de Vienne sous la baguette de Peter Eötvös chez Kairos, ainsi que le concerto de Tan Dun, Tears of Nature (2012). Au printemps de 2014 a eu lieu la première mondiale de Speaking Drums avec le Mahler Chamber Orchestra sous la direction de son compositeur, Peter Eötvös. Ses projets percussionnistes bien connus sous la bannière The Percussive Planet et la récente première de Caribbean Showdown témoignent de l’immense amplitude de ses talents.


Martin Grubinger a été nommé artiste en résidence au Gewandhaus de Leipzig pour la saison 2008/09. Ont suivi des résidences à la Camerata Salzburg, à la Philharmonie de Cologne, à la Philharmonie de Munich et au Konzerthaus de Vienne. Il est également apparu avec l’orchestre symphonique de la NHK, l’orchestre philharmonique d’Oslo, l’orchestre national de Taiwan, l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, l’orchestre symphonique de la NDR de Hambourg, les orchestres philharmoniques de Munich et de Dresde, l’orchestre symphonique de Castille et León, l’orchestre philharmonique de Vienne, l’orchestre symphonique de Bamberg et l’orchestre philharmonique de la BBC. Il est régulièrement invité par l’orchestre philharmonique de Los Angeles, l’orchestre symphonique de Pittsburgh et l’orchestre symphonique national de Washington.

 

Martin Grubinger participe régulièrement aux festivals de musique du Rheingau, du Schleswig-Holstein, de Bregenz, au festival Beethoven à Bonn et au festival de Salzbourg, au Festspielhaus de Baden-Baden, au festival de cuivres et de percussions dans le célèbre Suntory Hall de Tokyo et au Grant Park Music Festival de Chicago. En 2013 il a été nommé « artiste étoile » du festival de Lucerne.

 

Lauréat de nombreux prix, Martin Grubinger a reçu le Bernstein Award au festival de musique du Schleswig-Holstein et le prestigieux prix Würth des Jeunesses Musicales. Le premier CD de Grubinger, Drums‘n’Chant a été suivi par un enregistrement live de Percussive Planet sur DVD, ces deux enregistrements pour Deutsche Grammophon. Depuis il a enregistré plusieurs projets pour différents labels.

 

Salzbourgeois de naissance, Martin Grubinger a étudié au conservatoire Bruckner de Linz et au Salzburg Mozarteum. Il avait déjà attiré l'attention dans sa jeunesse, après avoir participé à plusieurs concours internationaux, entre autres lors du deuxième concours mondial de marimba tenu à Okaya, au Japon, et au concours de l'EBU en Norvège.

« Leu jeu en duo, impeccablement rôdé, leur tempérament et leur virtuosité : autant d’éléments qui témoignent de la qualité pianistique des sœurs Önder. Un vrai feu d’artifice ! »

Michael Stenger / Fono Forum

Le programme

Steve Reich
Quartet pour 2 Pianos et 2 vibraphones
Fazil Say
« Winter morning in Istanbul » pour piano à 4 mains
Fazil Say
Variations pour 2 pianos et percussions
Fazil Say
Sonate pour 2 pianos Création mondiale, commande de la Fondation Louis Vuitton
Fazil Say
« Gezi Park 1 » Transcription pour 2 pianos et percussions de Martin Grubinger (1ère française)