Paul Chan
En 2006, lors d'une conférence à la Nouvelle-Orléans, Paul Chan se trouve littéralement projeté au milieu d'une scène d'En attendant Godot. Le paysage dévasté de la ville le plonge dans la nécessité de rejouer la pièce de Beckett dans les rues de la ville. Initiée en 2007, cette série de performances, mais également la difficulté de poser une fiction au sein d'une ville heurtée, se trouvent désormais compilés sous la forme d'archives. Davantage que d'un succès, Chan préfèrera parler de "l'étrangeté essentielle" de ce projet , louant les écarts entre sa réponse à une situation de crise et la forme artistique qui en est issue.
L'articulation de la sphère esthétique avec le réel et plus précisément avec l'engagement politique (au risque d'en admettre la dissociation irrémédiable) est justement au centre de l'œuvre de Paul Chan. Celle-ci est habitée par son époque, un début de siècle marqué par la globalisation, l'hyper-communication et l'omniprésence de la guerre d'un bout à l'autre de la planète. Né à Hong-Kong en 1973, vivant et travaillant aux USA, Chan a été fortement choqué par le tournant belliqueux de la politique américaine et la politique sociale de l'administration Bush. Si le spectre de l'attentat du 11 septembre 2001 plane sur une large partie de son œuvre (le cycle des 7th Light), ce sont avant tout les réflexes conservateurs produits par cet événement et la présence des forces occidentales en Irak et en Afghanistan qui reviennent comme des leitmotivs chez lui.
La production de Paul Chan pourrait être découpée en deux grands corpus. Le "premier" recoure à l'animation, à la projection, et au dessin. Les éléments d'actualités y effleurent de manière imperceptible. C'est le cas des 7th Light (2005-2007), une série de sept travaux vidéos qui évoquent sur un mode quasi-abstrait, entre ombres et lumières, les désastres de la guerre, ou de Sade for Sade's Sake (2009), ce théâtre d'ombre inspiré des écrits du Marquis. Dans Happiness (Finally) After 35,000 Years of Civilization (1999-2003), le spectre de la guerre est plus présent mais il est revisité à travers une animation au style naïf. Le "second corpus" de Chan est lui ouvertement politique. Il est quasi-documentaire mais utilise le vocabulaire et les techniques expérimentales de la vidéo, à l'image de sa Tin Drum Trilogy achevée en 2005 et consacrée à l'administration Bush (RE:THE_OPERATION) , aux irakiens (BAGHDAD IN NO PARTICULAR ORDER ) et à l'extrême droite américaine NOW PROMISE NOW THREAT).