Informations

La Fondation est actuellement fermée. Elle rouvrira ses portes le 9 octobre 2026 à l'occasion de l'exposition "Gustave Fayet, Collectionneur - Créateur. Icônes de l'art moderne".

5th Light

  • 2007
  • Paul Chan
  • Projection vidéo numérique, couleur, silencieux
  • Durée : 14 min

Initiée en 2005 et achevée en 2007, la série des 7th Lights de Paul Chan déploie en sept vidéo-projections la vision d'un monde en décomposition lente, uniquement vu à travers des ombres portées. Orientées sur le sol ou sur les murs, les projections qui se réfléchissent également sur les parois attenantes rappellent les spectacles pré-cinématographiques, théâtres d'ombres, séances de lanterne-magique ou fantasmagories foraines. Leurs mémoires résonnent comme autant de variations du mythe de la caverne.

Comme l'indique un titre volontairement barré, c'est l'absence de lumière qui est souligné ici : le spectateur est plongé dans le noir, condamné à vivre le monde dans son ombre, à travers ses ombres. La 5th Light résume le monde à un foyer d'abord rougeâtre puis bleu nuit. D'abord méconnaissables, les formes qui y apparaissent se révèlent être des armes qui explosent. La 6th Light dessine, elle, une fenêtre dont les montants évoquent une croix avant que celle-ci ne se casse, percutée par des débris.

Ces éboulis sans fin, présents dès le premier épisode de la série, n'ont pas manqué de rappeler lors de leur présentation à New York les images des objets et des corps tombant des tours du World Trade Center. Mais l'œuvre obéit à un rythme bien plus complexe que celui de l'actualité. Si chacune des projection est construite sur un cycle comparable à celui d'une journée; la modification rapide des lumières et de l'intensité lumineuse est paradoxalement inverse à la lenteur des mouvements. Ce paradoxe place la série dans un régime temporel étrange, une suspension apocalyptique, le revers des sept jours de la création.

Paul Chan

En 2006, lors d'une conférence à la Nouvelle-Orléans, Paul Chan se trouve littéralement projeté au milieu d'une scène d'En attendant Godot. Le paysage dévasté de la ville le plonge dans la nécessité de rejouer la pièce de Beckett dans les rues de la ville. Initiée en 2007, cette série de performances, mais également la difficulté de poser une fiction au sein d'une ville heurtée, se trouvent désormais compilés sous la forme d'archives. Davantage que d'un succès, Chan préfèrera parler de "l'étrangeté essentielle" de ce projet , louant les écarts entre sa réponse à une situation de crise et la forme artistique qui en est issue. 

L'articulation de la sphère esthétique avec le réel et plus précisément avec l'engagement politique (au risque d'en admettre la dissociation irrémédiable) est justement au centre de l'œuvre de Paul Chan. Celle-ci est habitée par son époque, un début de siècle marqué par la globalisation, l'hyper-communication et l'omniprésence de la guerre d'un bout à l'autre de la planète. Né à Hong-Kong en 1973, vivant et travaillant aux USA, Chan a été fortement choqué par le tournant belliqueux de la politique américaine et la politique sociale de l'administration Bush. Si le spectre de l'attentat du 11 septembre 2001 plane sur une large partie de son œuvre (le cycle des 7th Light), ce sont avant tout les réflexes conservateurs produits par cet événement et la présence des forces occidentales en Irak et en Afghanistan qui reviennent comme des leitmotivs chez lui.

La production de Paul Chan pourrait être découpée en deux grands corpus. Le "premier" recoure à l'animation, à la projection, et au dessin. Les éléments d'actualités y effleurent de manière imperceptible. C'est le cas des 7th Light (2005-2007), une série de sept travaux vidéos qui évoquent sur un mode quasi-abstrait, entre ombres et lumières, les désastres de la guerre, ou de Sade for Sade's Sake (2009), ce théâtre d'ombre inspiré des écrits du Marquis. Dans Happiness (Finally) After 35,000 Years of Civilization (1999-2003), le spectre de la guerre est plus présent mais il est revisité à travers une animation au style naïf. Le "second corpus" de Chan est lui ouvertement politique. Il est quasi-documentaire mais utilise le vocabulaire et les techniques expérimentales de la vidéo, à l'image de sa Tin Drum Trilogy achevée en 2005 et consacrée à l'administration Bush (RE:THE_OPERATION) , aux irakiens (BAGHDAD IN NO PARTICULAR ORDER ) et à l'extrême droite américaine NOW PROMISE NOW THREAT). 

Lire plus