Nocturnes Danse - Calder. Rêver en équilibre
Complet
- Tarifs
- 0€ - 25€
- Dates
- Jeudi 04 Juin 2026
Vendredi 05 Juin 2026 - Horaires
- 19h-23h
Pour sa 4ème édition des Nocturnes Danse, la Fondation invite le chorégraphe Angelin Preljocaj à investir les espaces du bâtiment de Frank Gehry et à offrir un dialogue inédit avec les œuvres d’Alexander Calder.
Deux Nocturnes sont ainsi proposées les jeudi 4 et vendredi 5 juin 2026 entre 19 heures et 23 heures.
L’art de Calder, plus que tout autre, résonne avec l’approche en mouvement d’Angelin Preljocaj, artiste majeur de la danse mondiale. En puisant des extraits de sa création Gravité (2018), 12 interprètes du Ballet Preljocaj célèbrent à leur manière, tout en fluidité, les noces de la sculpture et du geste dansé.
Angelin Preljocaj, l’équilibriste
Depuis des années, les notions de poids, d’espace, de vitesse et de masse traversent de façon intuitive la recherche chorégraphique d’Angelin Preljocaj. Sa pièce, Gravité, en est le plus bel exemple, exercice à la beauté affirmée autour de l’équilibre et la suspension. La déplaçant de la salle de spectacle aux espaces de la Fondation Louis Vuitton en résonance avec le bâtiment de Frank Gehry, Angelin Preljocaj entend recréer un jeu de pistes entre la danse et les sculptures de Calder.
Angelin Preljocaj
© Fondation Louis Vuitton / Martin Argyroglo
Le chorégraphe a ainsi choisi quatre moments forts de Gravité, déclinés dans les salles comme dans les extérieurs de la Fondation. Dès le Hall, sous un mobile de Calder, le public est accueilli par une gestuelle tout en équilibre sur l’Offrande musicale Bach. Un instant suspendu. Au dernier étage, un pas de deux comme un mouvement circulaire entre en dialogue avec les stabiles de Calder. Sur le miroir vert, dans les jardins de la Fondation, un Boléro frondeur deviendra le « centre de gravité » entre deux stabiles monumentaux. Enfin, comme un hommage à la voile de Frank Gehry, les interprètes d’Angelin Preljocaj évolueront sur l’eau au pied de la cascade. Et Gravité de devenir, le temps de ces Nocturnes danse, un rêve éveillé.
Quatre questions à Angelin Preljocaj
Que vous inspire Calder ?
Les notions d’équilibre et de suspension que j’ai beaucoup traitées dans Gravité. Quand la Fondation Louis Vuitton m’a fait la proposition d’une carte blanche dans le cadre de l’exposition, j’ai tout de suite trouvé une correspondance avec cette pièce et pensé prendre des séquences de Gravité pour voir comment elles rentreraient en communication avec Calder et ce que cette confrontation, dans un contexte bien différent de celui d’une salle de spectacle, pourrait me révéler de ma chorégraphie. C’est le postulat de Duchamp lorsqu’il pose ses ready-made dans un musée : le visiteur est obligé de les regarder autrement, et cette nouveauté est une façon de regénérer l’écriture chorégraphique.
Alexander Calder, « Southern Cross », 1963 (détail)
Feuille de métal, tige, boulons et peinture / Sheet metal, rod, bolts and paint, 617,2 x 823 x 535,9 cm. Calder Foundation, New York. © 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris. © Fondation Louis Vuitton / Martin Argyroglo
Qu’avez-vous prévu comme extraits et pour quels endroits dans la Fondation ?
Première étape, sous le grand mobile du Hall, une danse très en équilibre, très suspendue sur l’Offrande musicale de Bach. Ça n’est pas un choix innocent mais une façon d’accueillir le spectateur et de l’inviter à s’ouvrir l’esprit pour aller vers Calder. Dans la Galerie 10, autour de Southern Cross, on donnera le duo des électrons, une danse qui met le corps dans un mouvement circulaire qui se répète à l’infini, comme un assemblage de molécules et qui nous amène à cette question des mobiles. Sur le miroir vert, j’ai choisi de donner Le Boléro, une œuvre circulaire et répétitive qui va s’amplifiant, et porte dans son ADN cet infini mental dont la puissance se regénère à chaque nouvelle vague. Il sera dansé entre deux stabiles dont il deviendra le centre de gravité. Elles auront l’air de tourner autour de lui et d’être prises dans le vortex du Boléro. Enfin, en bas de la cascade, sur le bassin on donnera le duo Chostakovitch. Pas d’œuvre de Calder dans le cadre, mais la surface ondulatoire de l’eau nous ramène à cette idée du mobile.
Le corps est-il à sa façon un mobile ?
Oui. On l’a vu notamment dans des pièces de Merce Cunningham. Dans Beach birds, par exemple, les danseurs bras déployés semblent flotter au-dessus de l’air. La danse est un art du mobile et les extraits que j’ai choisis pour danser dans l’exposition, retiennent cette idée de jouer avec l’air. Comme si l’espace était pour les danseurs un lieu à habiter au sens tactile de la même manière que les mobiles se prennent dans les turbulences de l’air.
Alexander Calder, "Five Swords", 1976 (détail)
Feuille de métal, boulons et peinture / Sheet metal, bolts, and paint, 541 x 670,6 x 883,9 cm. Calder Foundation, New York. Alexander Calder, "Black Flag", 1974. Feuille de métal, boulons et peinture / Sheet metal, bolts and paint, 713,7 x 602 x 523,2 cm. Calder Foundation, New York. © 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris. © Fondation Louis Vuitton / Martin Argyroglo
La fragilité de l’œuvre de Calder vous évoque-t-elle celle de la danse ?
Je suis étonné tant la notion de conservation est prépondérante dans les arts plastiques, mais il est vrai qu’il y a chez Calder, dans ses matériaux, quelque chose qui fait penser à l’art brut avec ses œuvres faites avec de la colle, du carton et des matériaux de récupération. Quant à la danse, l’idée qu’on la dise éphémère me révolte. La danse n’est pas un art fragile, c’est un art amnésique qui n’arrive pas à s’inscrire dans le futur car elle boude la notation.
Entretien réalisé par Ariane Bavelier en mai 2026
Angelin Preljocaj
Figure de proue de la scène contemporaine, Angelin Preljocaj est né en 1957 en région parisienne. Il débute des études de danse classique avant de se tourner vers la danse contemporaine auprès de Karin Waehner, Zena Rommett, Merce Cunningham, puis Viola Farber et Quentin Rouillier.
Il rejoint ensuite Dominique Bagouet jusqu’à la création de sa propre compagnie en 1985. Il a chorégraphié depuis 64 pièces, du solo aux grandes formes, dans un style résolument contemporain, alternant grands ballets narratifs (Roméo et Juliette, Blanche Neige, Le Lac des cygnes…) à des pièces plus abstraites (Gravité, Empty moves, Deleuze / Hendrix…).
Il s’associe régulièrement à d’autres artistes dans des domaines divers tels que la musique (Goran Vejvoda, Air, Laurent Garnier, Karlheinz Stockhausen, Thomas Bangalter), les arts plastiques (Fabrice Hyber, Subodh Gupta, Adel Abdessemed), le design (Constance Guisset), la mode (Jean Paul Gaultier, Azzedine Alaïa, Igor Chapurin), le dessin (Enki Bilal), la littérature (Pascal Quignard, Laurent Mauvignier) ou le cinéma d’animation (Boris Labbé) …
Ses créations sont présentées dans le monde entier et reprises au répertoire de nombreuses compagnies, dont il reçoit également des commandes comme le New York City Ballet, la Scala de Milan, le Ballet de l’Opéra national de Paris…
Il a réalisé plusieurs courts-métrages et films mettant en scène ses chorégraphies, lui valant de nombreux prix. Son premier long-métrage, Polina, danser sa vie, réalisé avec Valérie Müller est sorti en salle en 2016.
En avril 2019, il est nommé à l’Académie des Beaux-Arts dans la nouvelle section chorégraphie. Il reçoit le titre de Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 2024.
En 2025, on lui remet le prestigieux prix Léonide Massine pour l’ensemble de son œuvre.
Sa dernière création LICHT, sur une musique originale de Laurent Garnier, a été présentée au Théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt en avril 2025. Il a par ailleurs créé deux courtes pièces fonctionnant en diptyque : la première d’après Caillebotte, Hommes au bain, sur une commande du musée d’Orsay, puis son pendant féminin, Femmes au bain, évoquant des œuvres de Degas, lors du dernier Festival international de danse de Tirana (Albanie).
Le Ballet Preljocaj compte aujourd’hui 30 danseurs permanents et réalise en moyenne 120 dates par an dans le monde entier.
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