Avec la série Chandeliers (2004), Wyn Evans explore les questions de la traduction. Reliés à des ordinateurs sur l’écran desquels défilent les textes, les luminaires diffusent en langage Morse des poèmes de William Blake, des citations de la théoricienne féministe Judith Butler, de Michel de Certeau ou encore du Marquis de Sade. De façon caractéristique, l’artiste choisit de faire fructifier le paradoxe qui consiste à utiliser la lumière pour transmettre un énoncé obscur. La poésie chez lui naît de ce qu’il nomme « l’exotisme de l’expérimentation », qui, par la multiplication des ambigüités, lui permet d’explorer la zone incertaine entre les faits et la fiction, la réalité et son double, les certitudes acquises et les sensations contradictoires.
"Lettre à Hermann Scherchen" from Gravesaner 6' from Iannis Xenakis to Hermann Scherchen (1956), 2006, apparient à la série des Chandeliers qui s’allument et s’éteignent pour traduire des textes divers en code Morse. Un écran d’ordinateur apposé près du chandelier permet d’en prendre connaissance. Il s’agit ici d’une lettre du compositeur Iannis Xenakis adressée au chef d’orchestre Hermann Scherchen publiée dans la revue Gravesaner Blätter en 1956. Xenakis se livre à une mise au point sur certains aspects d’un article de Scherchen publié quelque temps plus tôt dans la même revue. Il y discute entre autres des probabilités qu’il emploie pour certains passages de sa composition Pithoprakta, et insiste sur l’idée que la pensée n’est pas linéaire – axiome qui est évidemment au centre du travail de Cerith Wyn Evans.