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Nachtkappe I

  • 1986
  • Sigmar Polke
  • Indigo, vernis à l'alcool sur toile
  • 305,8 x 225,7 cm
illustration

Très vite, Polke s’affirme par une démarche iconoclaste et expérimentale qui, s’inscrivant en rupture, donne naissance à une œuvre protéiforme centrée sur la peinture. L’artiste ne cesse d’en réinventer les formes, d’en redéfinir les contours, d’en repousser les limites et d’en étendre les possibilités. Il en bouscule les fondements traditionnels et en annihile les classifications habituelles entre figuration et abstraction, cultures classique et populaire, sacré et profane.

Dans le développement de cette œuvre hybride, portée par une culture éclectique, les années 1980 marquent un tournant majeur, caractérisé par l’ouverture à de nouvelles possibilités. Privilégiant désormais les grands formats, l’artiste explore à l’infini les potentialités de la matière selon des procédés expérimentaux et des techniques variées. Dans son atelier trans- formé en laboratoire « alchimique », il manipule des minéraux sous forme de pigments ou de colorants anciens, disparus ou délaissés tels que l’orpiment, le vert de Schweinfurt, le pis-lazuli, la pourpre et l’indigo qu’il combine à des laques, des cires, des résines, de l’alcool, du noir de fumée, des vernis, du mastic ou qu’il fait fusionner avec des métaux tels que le zinc, l’or, l’argent, l’aluminium et le potassium. De ces réactions physicochimiques insolites jaillissent des formes et des motifs généralement abstraits – taches, coulures, empreintes, éclats – accompagnés d’une variété de tonalités et de textures aux multiples effets qui peuvent varier dans le temps. En effet, sa peinture intègre parfois des paramètres exogènes imprévisibles tels que la température, la chaleur et l’humidité, la lumière ou encore la radioactivité qui agissent sur l’œuvre, indépendamment de l’artiste. La surface picturale devient alors un épiderme sensible, un organisme vivant, malléable et soumis à la dynamique des fluides. Emblématique de cette période, Nachtkappe 1, paysage nocturne néoromantique aux contours flous et dilués, est né du mélange inédit de peinture, de jus d’indigo et de vernis à l’alcool, appliqué sur la toile selon un geste à caractère expressionniste.

Crédit artiste : © The Estate of Sigmar Polke, Cologne / Adagp, Paris, 2016 Crédit photographique : Courtesy David Zwirner, New York

Accrochages

Sigmar Polke

Né en Silésie, une province allemande devenue polonaise après la Seconde Guerre mondiale, Sigmar Polke s'installe en République Fédérale Allemande avec sa famille en 1953. Après un bref apprentissage chez un maître verrier, il suit les cours de l’Académie de Düsseldorf où il rencontre Gerhard Richter. L’intégration de la trame photomécanique dans sa peinture à partir de 1963 sous-tend ses premières manipulations sur les images.

À partir des années 1970, Sigmar Polke réalise des œuvres où se superposent motifs iconographiques et motifs abstraits. Sans cesser de diversifier la nature de ses supports (imprimés ou transparents), il expérimente aussi des pigments et des matériaux rares : laques, solvants, résines artificielles, oxydes d’argent ou arsenic. Ces expérimentations sans cesse renouvelées, la transparence des supports, l’utilisation de tissus imprimés aux motifs courants, l’emprunt d’images préexistantes constituent sa peinture comme un territoire hétérogène, hybride et foisonnant. En convoquant une iconographie liée aux événements traumatiques de l’histoire (la Terreur, les camps de concentration) ou en citant des artistes célèbres (Goya, Dürer), Sigmar Polke invite le spectateur à s’interroger sur le pouvoir de la représentation. Ouvert à la contradiction, il propose, parallèlement à cette lecture critique de l’image, une expérience hallucinée de son apparition, comme le suggère métaphoriquement l’une de ses œuvres intitulée La Lanterne magique.

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